Accueil Date de création : 07/06/09 Dernière mise à jour : 14/02/10 10:32 / 63 articles publiés
 

Première epoque - Les yeux d'un enfant  (Première époque) posté le mercredi 01 juillet 2009 19:30

Living is easy with eyes closed
Misunderstanding all you see
It’s getting hard to be someone
But it all works out
It doesn’t matter much to me.


Strawberry fields forever, the Beatles.

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01  (Première époque) posté le mercredi 01 juillet 2009 19:36

Il y avait une maison au fond de la cour. Une grande bâtisse au teint pâle et livide que l’on voyait transpercer régulièrement les longs barreaux de la grille.
Une lettre à la main, l’enfant n’avait pas osé entrer. Décalé, un peu sur le côté du mur, il regardait le tracé de la cour. La porte brune de la maison. Le béret qu’il portait, trop grand pour lui, avait dû passer sur la tête de nombreux autres enfants avant lui, car il était imprégné de tant d’odeurs qu’il en paraissait presque neutre. Bien sûr, il aurait pu partir. Bien sûr, il aurait pu traverser la rue, retourner près du pont. Mais pas cette fois. Sans doute las de fuir, l’enfant dissimula un soupir sous le grincement de la grille.
De l’intérieur, la mine maladive du bâtiment paraissait plus visible encore. Mais sans doute l’angoisse, la résignation et la douleur de l’enfant s’étaient efforcées à lui conférer cet aspect austère, proche de l’agonie. Celle de ce qu’il avait longtemps cru être la liberté.

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02  (Première époque) posté le mercredi 01 juillet 2009 19:37

Il attendit sur le perron. Après avoir tiré brièvement sur la chaine qui fit tout juste retentir la cloche. Gêné dans ces chaussures aux bouts trop ronds. Dérangé par les plis d’un pantalon trop grand qui ne faisait que recouvrir la couche de crasse plus qu’il ne la dissimulait. Il chiffonnait machinalement le papier de la lettre lorsque la porte s’ouvrit sur une nuée d’enfants.
- Tu es Axel ? N’est-ce pas ? S’enquit-une voix adulte à laquelle l’enfant, sous le coup de son émotion, fut incapable d'attribuer un sexe.
Sans répondre, il tendit le papier qu’il tenait à la main et rabattit aussitôt son béret sur son visage. Un peu effarouché par tous ces yeux posés sur lui.
- Tu es Axel, affirma la voix, et Père Gabriel t’envoie. Mais entre donc. N’aie pas peur !... Attends-moi ici quelques instants et fais connaissance avec tes nouveaux camarades.
Les présentations se firent dans le silence. Pincés, les enfants observaient, scrutaient, analysaient le petit être chétif et crasseux qui se tenait devant eux. Sans un souffle. Le premier mot parut une agression.
- T’as souffert ?
- Oui... Non... J’ai oublié...
- T’as une drôle de voix pour un garçon.
L’enfant rabattit plus bas encore le bord râpeux du vieux béret.

- T’as quel âge d’abord ?
- Et toi t’as quel âge ?
- Ca te regarde pas.
- Toi non plus. J’ai l’âge d’être ici.
- Pourquoi t’es ici ?
- Certainement pour la même raison que toi, Quentin, coupa une voix autoritaire.
Le groupe se divisa en désordre, ouvrant, dans un vrombissement d’abeilles, apeurées le passage à une grande femme, d’une cinquantaine d’années. Le visage marqué d’une certaine autorité, le voile qui lui recouvrait la tête, semblait presque être sa chevelure dans l’obscurité un peu moite qui baignait l’entrée du foyer. Pourquoi faisait-il donc si sombre ? Comme si soudain tous les cauchemars remontaient. Et la raison... La raison initiale de la fuite qui revenait... Dans une brume. Celle si lointaine déjà du souvenir.
L’enfant se laissa enlever son béret sans résistance. Avant même de comprendre. Il ne se laissa pas surprendre par les regards étonnés. Et lorsqu’il sentit rouler dans son dos la masse crêpée de sa chevelure, une larme silencieuse glissait vers le bas de sa joue.
 

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03  (Première époque) posté le mercredi 29 juillet 2009 19:13

La chambre était trop petite. Trop petite pour deux. Pour trois même... Enfin... Deux et demi. Axelle ne savait pas vraiment dans quelle catégorie elle devait classer Ophélie. Cette poupée plus envahissante, plus présente et presque plus vivante que sa petite propriétaire.
- T’es sale et tu pues, lança simplement Kimberly depuis son lit.
Un regard assassin lui répondit. Noir et dur. Les yeux d’un chat sauvage. Sans presque bouger, sans jamais quitter la petite fille des yeux, Axelle tendit la main, noua ses doigts dans une paire de ciseaux et les porta lentement au niveau de sa nuque avec des gestes d’automate. Bêtement effrayée, Kimberly recula plus profond dans ses coussins. Ce fut elle qui cria de douleur lorsque la première mèche s’effilocha sur le parquet.
- Pourquoi ? Pourquoi t’as fait ça ? sanglota la petite fille en pressant la tête d’Ophélie sur son ventre.
- Je suis un garçon, répondit Axelle d’un ton monocorde, je suis un garçon... Un garçon... un garçon...
Un nouveau hurlement acheva de prévenir les religieuses du foyer. Tandis que les mèches continuaient à tomber, on entendait, un peu en retrait, le mouvement désordonné de pas dans les escaliers.

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Journal de Quentin Lexan, le 2 juillet 18**  (Première époque) posté le mercredi 29 juillet 2009 19:15

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