
Il y avait une maison au fond de la
cour. Une grande bâtisse au teint pâle et livide que l’on
voyait transpercer régulièrement les longs barreaux de la
grille.
Une lettre à la main, l’enfant n’avait pas osé entrer.
Décalé, un peu sur le côté du mur, il regardait le tracé de la
cour. La porte brune de la maison. Le béret qu’il portait,
trop grand pour lui, avait dû passer sur la tête de nombreux autres
enfants avant lui, car il était imprégné de tant d’odeurs
qu’il en paraissait presque neutre. Bien sûr, il aurait pu
partir. Bien sûr, il aurait pu traverser la rue, retourner près du
pont. Mais pas cette fois. Sans doute las de fuir, l’enfant
dissimula un soupir sous le grincement de la grille.
De l’intérieur, la mine maladive du bâtiment paraissait plus
visible encore. Mais sans doute l’angoisse, la résignation et
la douleur de l’enfant s’étaient efforcées à lui
conférer cet aspect austère, proche de l’agonie. Celle de ce
qu’il avait longtemps cru être la liberté.