Il attendit sur le perron. Après
avoir tiré brièvement sur la chaine qui fit tout juste retentir la
cloche. Gêné dans ces chaussures aux bouts trop ronds. Dérangé par
les plis d’un pantalon trop grand qui ne faisait que
recouvrir la couche de crasse plus qu’il ne la dissimulait.
Il chiffonnait machinalement le papier de la lettre lorsque la
porte s’ouvrit sur une nuée d’enfants.
- Tu es Axel ? N’est-ce pas ? S’enquit-une voix adulte
à laquelle l’enfant, sous le coup de son émotion, fut
incapable d'attribuer un sexe.
Sans répondre, il tendit le papier qu’il tenait à la main et
rabattit aussitôt son béret sur son visage. Un peu effarouché par
tous ces yeux posés sur lui.
- Tu es Axel, affirma la voix, et Père Gabriel t’envoie. Mais
entre donc. N’aie pas peur !... Attends-moi ici quelques
instants et fais connaissance avec tes nouveaux camarades.
Les présentations se firent dans le silence. Pincés, les enfants
observaient, scrutaient, analysaient le petit être chétif et
crasseux qui se tenait devant eux. Sans un souffle. Le premier mot
parut une agression.
- T’as souffert ?
- Oui... Non... J’ai oublié...
- T’as une drôle de voix pour un garçon.
L’enfant rabattit plus bas encore le bord râpeux du vieux
béret.
- T’as quel âge d’abord
?
- Et toi t’as quel âge ?
- Ca te regarde pas.
- Toi non plus. J’ai l’âge d’être ici.
- Pourquoi t’es ici ?
- Certainement pour la même raison que toi, Quentin, coupa une voix
autoritaire.
Le groupe se divisa en désordre, ouvrant, dans un vrombissement
d’abeilles, apeurées le passage à une grande femme,
d’une cinquantaine d’années. Le visage marqué
d’une certaine autorité, le voile qui lui recouvrait la tête,
semblait presque être sa chevelure dans l’obscurité un peu
moite qui baignait l’entrée du foyer. Pourquoi faisait-il
donc si sombre ? Comme si soudain tous les cauchemars remontaient.
Et la raison... La raison initiale de la fuite qui revenait... Dans
une brume. Celle si lointaine déjà du souvenir.
L’enfant se laissa enlever son béret sans résistance. Avant
même de comprendre. Il ne se laissa pas surprendre par les regards
étonnés. Et lorsqu’il sentit rouler dans son dos la masse
crêpée de sa chevelure, une larme silencieuse glissait vers le bas
de sa joue.


Tifet
jeu 10 sep 2009 16:37