Accueil Date de création : 07/06/09 Dernière mise à jour : 08/06/10 20:01 / 64 articles publiés
 

Le 2 juillet 18***  (Première époque) posté le samedi 12 septembre 2009 20:30

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10  (Première époque) posté le dimanche 11 octobre 2009 15:17

Il faillit bien y avoir un drame lorsque, pour la première fois depuis six ou sept mois, Sœur Emmanuelle réussit à mettre la main sur Axelle, un matin, alors qu’elle s’échappait du foyer pour soigneusement éviter la messe. Depuis ce fameux jour où elle avait dû faire face à l’ange aveugle, Axelle prenait un malin plaisir à s’enfuir chaque dimanche, avant le réveil, pour vagabonder on-ne-savait-où.
S’il avait été impossible, dans un premier temps, aux sœurs de déterminer les chemins que cette petite sauvageonne empruntait, elles eurent la chance, ce jour là, de la voir traverser le grand pré du bout du village en sifflotant. Parce que le hasard de la fraîcheur du temps les avaient convaincues de faire un détour par les champs avec les enfants.
Tout aurait pu s’en tenir à un éloquent sermon et à quelques réprimandes justifiées si, en l’attrapant, Sœur Emmanuelle n’avait fait tomber ces deux pièces de dix centimes dans les herbes. Comme, bien évidemment, Axelle ne voulut jamais avouer d’où elle tenait cet argent. Elle fut consignée dans la terrifiante « salle de méditation » pour vol présumé. Haut lieu de la punition au sein du foyer.
Il ne s’agissait ni d’une prison, ni d’une pièce vide de celles qui sont faites pour effrayer les enfants dans les livres, mais simplement d’une salle étroite qui comportait un vieux banc bancal et un grand miroir qui lui faisait face. Parce que pour pouvoir exorciser la honte de leur bêtise, les enfants devaient avant tout avoir le courage d’affronter leur propre regard. C’était en cela la seule « méditation » qui leur était véritablement demandée. Il était d’ailleurs amusant de constater que chaque enfant qui y avait passé la journée avait laissé quelque part l’empreinte de son passage. Au juger, le client le plus régulier semblait être l’insaisissable Quentin, car les rideaux et les murs étaient recouverts de son écriture fine et régulière. Même Kimberly y avait séjourné, ainsi qu’en témoignait une guirlande de fleurs de papier. Sophie, fidèle à sa coquetterie, y avait laissé une de ses robes préférées pour avoir le loisir de se changer si d’aventure elle était amenée à y retourner. Et c’était ici que Juliette avait perdu ces deux rubans de soie que depuis elle cherchait. Il y avait bien d’autres objets encore, mais les propriétaires étaient plus difficiles à déterminer. La souris en bois taillé appartenait certainement au petit Romain, les deux paires de chaussettes trouées au même endroit et de la même manière devaient être à Cédric et Lucas qui, par solidarité fraternelle, avaient surement demandé à être enfermés ensemble. Il y avait également un soulier solitaire, crevé en son extrémité, une page de roman déchirée et quelques plumes multicolores que l’on avait oubliées.
Le temps ici coulait au même rythme que l’ennui. Le plus astreignant étant bien sûr, d’avoir toujours à se regarder. Quelque soit l’endroit où l’on se plaçait.  Axelle n’avait aucun reproche à se faire. Ce n’était pas cela qui la dérangeait devant cette glace immense et solitaire. Ce qui la mettait si mal à l’aise, c’était le fait que ce miroir s’obstinait à refléter l’image d’une fillette de huit ans et non pas le petit garçon qu’elle était.
Elle eut beau se tourner, se retourner, pivoter et repivoter, l’image restait. Pleurer, crier, frapper n’effaça ni le chagrin, ni le reflet. Puis, au bout de quelques heures, alors qu’elle sentait toujours autour d’elle cette présence l’oppresser, elle se leva. Calme. Presque trop apaisée pour se sentir sereine. Avant d’enfiler la robe, elle arrangea consciencieusement les fragiles rangées de dentelles que la poussière avait jaunies sur le col. Elle lissa sagement les plis de la jupe, remonta haut les manches ballon et ramassa les deux rubans épars sur le sol. Très attentivement, elle coiffa le crêpe brun qui se bataillait sur son crâne à l’aide d’une brosse qui trainait sous le banc, et le noua, au bas de la nuque, en deux petites couettes rêches d’épaisseur égale. A travers la pièce son image venait de se démultiplier. Comme si deux Axelle s’y étaient subitement trouvées enfermées.
Elle s’approcha plus près. Se regarder. Sourire. Un pas de danse. Une révérence. Doucement, très doucement, elle se mit à parler. Au miroir.
- Cela fait si longtemps... Si longtemps... C’est pas juste.  Même maintenant c’est toi qui reste la plus belle.
En se penchant pour embrasser le reflet de cette image glacée, elle sentit au contact une larme rejoindre les deux lèvres qui se touchaient. Et pendant un court instant, elle eut la fugitive impression qu’elle revivait...
Elle hurla alors en remarquant soudain les deux yeux violets qui l’observaient depuis le coin de la fenêtre.

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Portrait d'Axel(le) Cantini que réalisa l'honorable et méconnue artiste Kimberly  (Première époque) posté le dimanche 11 octobre 2009 15:21

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11  (Première époque) posté le dimanche 11 octobre 2009 15:22

Tel fut donc le portrait qu’Axelle avait réclamé à Kimberly depuis presque un an.
Elle avait fini par si bien y renoncer qu’elle se laissa surprendre lorsqu’elle remarqua que la petite fille s’était mise à la dessiner. Elle avait un peu protesté, disant qu’elle aurait pu prévenir, qu’elle était mal habillée, mal coiffée, qu’elle allait être horrible, et dans sa surprise, elle eut le réflexe de cacher sous sa main la moitié de son visage. Dans ce geste qui devait par la suite rester sur le papier.
A dire vrai, le dessin de Kimberly dégageait quelque chose de vraiment particulier pour quelques courbes tracées par une si petite fille. Le croquis était sur la feuille de l’enfant ce que les mots étaient dans les cahiers de Quentin et il était manifeste que les deux gamins possédaient un don artistique peu commun pour leur âge.
En fait de dessins, Kimberly préférait immortaliser les fleurs. Croquer un portrait humain fut pour elle une grande première.
Axelle s’était aperçue de son talent tout à fait par hasard et ce, quasiment dans les premiers jours qui avaient suivis son arrivée à l’orphelinat. Etant donné que Kimberly et elle avaient été placées dans la même chambre, Axelle avait vidé quelques tiroirs appartenant à sa compagne pour y placer le peu d’affaires qu’elle pouvait posséder. C’est là qu’elle était tombée sur ce grand cahier à la couverture tissée qui contenait à chaque page ce qu’elle prit tout d’abord pour des fleurs séchées. Ce ne fut que plus tard qu’elle surprit la petite fille, tassée dans un coin de jardin, qui relevait en quelques traits la forme excentrique d’un plan de jonquilles sur ce même cahier. Dès lors, elle n’eut de cesse de poursuivre Kimberly pour qu’elle  fasse son portrait. Non qu'elle tenait véritablement à être immortalisée  sur une feuille rangée dans un tiroir, mais plutôt pour voir si, comme elle le pensait, Kimberly en était capable. Tout simplement.

La petite fille blonde se dérobait toujours, répondant qu’elle ne saurait pas, qu’elle dessinait mal et que c’était plus facile avec des fleurs qu’avec des vrais gens qui bougeaient. Mais, futée, Axelle avait profité de la signature du serment d’amitié pour y replacer sa requête et Kimberly s’était retrouvée coincée. Elle eut beau, pendant un certain temps, repousser l’échéance, il arriva bien un moment où, gagnée par l’usure, elle finit par céder.
Et tandis qu’Axelle s’était donc laissée surprendre sous son arbre par le crissement du crayon sur le papier, une grappe d’enfants émerveillés se composa derrière l’artiste qui dessinait.
- Tu feras le mien aussi après ? suppliait Sophie.
- Ce que c’est beau ! répétait Lucas.
- Tu m’apprendras à moi aussi à faire les Axelle comme tu les fais, se passionnait Romain, parce que quand j’ai dessiné Patoune ca a fait ça...
Le petit garçon sortit timidement de sa poche une page de cahier où les formes d’un vieil ours en peluche avaient été grossièrement étirées.
- Oh ! Se moqua Thierry, il a même fait l’oreille qu’il a rognée.
- Non ! gémit Romain, rends moi mon Patoune, rends le moi !
- Regarde Romain, tu as oublié de lui faire la cicatrice sur le ventre, comme ça, ajouta Cédric.
Ignorant les cris de Romain, il balafra le dessin d’un large trait de fusain. La page passa de mains en mains, pour finir tout chiffonné entre celles de la Mère Supérieure qui, alertée par les braillements intempestifs, s’était judicieusement postée au bout de la chaîne. La masse d’enfants déguerpit aussitôt de tous les côtés, comme une volée de moineaux affolés.
Seul Quentin n’avait pas bougé.
- Est-ce que tu accepterais de me le donner, Kim ? demanda-t-il après un instant de silence.
- Non.
Axelle sursauta devant cette rudesse si inhabituelle. Voyant que Quentin était sur le point de pleurer, elle décida d’un souffle de l’aider.
- C’est pas grave, tu sais. Tu peux lui donner. S’il veut bien m’autoriser à le regarder chaque fois que je le voudrai.
- Non.
On ne discernait de Quentin que ses poings fermés et ses cheveux éméchés. Axelle ne comprenait rien à ce qu’il se passait. Cette curieuse froideur de Kimberly. Cette tristesse dans les yeux de Quentin.

La vengeance pour un baiser refusé.
- Ce n’est qu’un dessin Kimmy... Tu pourras en refaire d’autres, insista-t-elle, ne supportant pas la souffrance que Quentin démontrait.
- Tu as rompu le serment Axelle ! Tu as rompu le serment ! explosa Kimberly avant de disparaitre d’une envolée.

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Foyer de Saint Matthieu, le 3 août 18***  (Première époque) posté le dimanche 11 octobre 2009 15:28

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