Accueil Date de création : 07/06/09 Dernière mise à jour : 14/02/10 10:32 / 63 articles publiés
 

06  (Première époque) posté le dimanche 30 août 2009 10:42

Axelle n’avait pas l’habitude d’aller à l’église. A dire vrai, elle n’y avait jamais été. Aussi, la première impression qu’elle en tira fut celle d’un frisson, ce premier dimanche. Au foyer. De froid. Un souffle glacé qui s’était enroulé autour de ses bras. Des odeurs aussi. Un parfum d’encens mélangé à l’humidité ambiante et qui imprégnait la peau. Partout cette étrange impression d’un vide surchargé. Icônes, statues, chandeliers… L’eau glacée du bénitier… Ces hauts plafonds voûtés. La résonance minérale des pas, des chuchotements, ricochant contre les murs sans jamais s’évaporer vraiment.
Axelle avait décroché dès le début de la messe. Ignorant les chants qu’il fallait chanter, les mots qu’il fallait répéter, elle avait choisi d’observer le décor qui l’entourait plutôt que de s’ennuyer.
Elle ne l’avait pas vu tout de suite. Ce fut un pur hasard. Sans raison apparente, elle avait eu le réflexe, l’instinct ou l’idée de tourner la tête sur le côté. Au début il n’y avait qu’un trou noir. Un renfoncement sombre logé sous une arcade. Un peu plus à gauche. Elle l’avait fixé sans grande attention jusqu’à ce qu’un rayon de soleil dessine en filigrane l’ombre désordonnée d’une aile de bois. Intriguée, elle avait plissé les yeux.
Et les formes se précisèrent. Lentement. Caressant la ligne d’un ange de chêne maintenant entre ses deux mains la lourde croix d’une épée. Axelle avait remonté le fil de la silhouette jusqu’à ce qu’un sursaut ne l’arrête au niveau du visage d’un monstre. Percées de chaque côté du nez de l’ange, deux pupilles d’onyx se perdaient au centre des ovales blancs qui redessinaient ses yeux. Une incrustation de pierres et de bois peint censée lui conférer un esprit pathétique et qui en fait d’âme avait fait de lui une chose horrible, aveugle, qui vous fixait froidement de ses yeux morts.
Dès lors il n’y eut plus rien.
Ni sermon, ni curé, ni prières. Rien que cet ange au regard dilaté qui dégageait cette vie morte comme un appel. Le pli souriant de sa bouche devint alors un abominable rictus. L’épée meurtrière. la menaçait de toute sa hauteur Et lorsque cette chaise, quelque part au fond de l’église, se renversa, l’écho vint frapper ses lèvres en un hurlement de douleur.


L’église devint pour Axelle un véritable supplice. Chaque semaine contrainte d’y retourner. Chaque semaine se retenir de pleurer. Chaque semaine effrayée à l’idée d’avoir peut être à se tourner.
Evidemment, la tension qui contractait la petite fille n’échappa pas aux autres enfants. Après quelques  semaines de ricanements étouffés, un langage codé finit par se répandre de rangée en rangée, par coups de coude et clins d’œil interposés. Et à la sortie, ce dimanche là…
- Père Gabriel veut te parler Axelle, il a demandé à ce que tu l’attendes là, l’arrêta Sophie tandis qu’Axelle se précipitait hors de l’édifice.
Le baptistère était placé sous une large alcôve circulaire. Le bassin, octogonal, était creusé à même le sol. A même la pierre. Dans une sorte de matériau blanc, légèrement spongieux. Axelle y jeta ses deux petites jambes, redessinant dans l’attente le bord râpeux de la cuve du bout de son index. Derrière les bruits s’étaient estompés. Plus espacés. Parfois un talon qui claquait, une chaise qui bougeait. Un long grincement. Douloureux. Un claquement. Nu.
Les pierres de l’église étaient devenues noires. Eclairées de façon irréelle par un jeu de lumière kaléidoscopique qui transperçait les vitraux. Axelle n’avait pas bougé. Voyant que personne ne venait, elle décida de se lever. D’avancer. Un pas ou deux. Pour regarder.
La nef n’existait plus. Un néant. Tombant comme un précipice autour des longs bancs de bois. Seul l’autel paraissait lumineux. Luminescent plutôt. Surnaturel sous cette impalpable colonne blanche qui tombait depuis la coupole. Personne. Et ce froid écœurant au parfum d’encens.
Elle osa un « mon père ? » étranglé qui partit se perdre sous le dôme du chœur en zigzagant entre les voûtes. Silence. Moite. Presque collant. Réalisant qu’elle était la victime d’une mauvaise plaisanterie, Axelle allait sortir du baptistère lorsque son regard tomba sur la silhouette décharnée de l’ange. Fondue noire dans l’obscurité du renfoncement. Les contours inégalement esquissés par un rayon de lumière qui traversait la croisée. Il n’y avait que ses yeux. Phosphorescents. Suspendus au centre d’une masse compacte dont on ne pouvait qu’imaginer les traits.
Axelle s’était ruée vers la sortie. En hurlant. Mais la porte ne s’était pas ouverte. Puis il y avait eu ce courant d’air, sous la nef, comme le chant métallique des âmes défuntes glissant au milieu de ce silence en perpétuelle vibration. Et le regard de l’ange. Avec sa morne fixité.
- Tu es morte, Axelle, lui avait soufflé le vent, tu es morte, morte, morte…
La seule chose dont elle put se souvenir ensuite fut le son d’une voix. Celle d’un petit garçon qui la rassurait. La soutenait. Elle savait qu’elle parlait parce qu’elle sentait ses lèvres s’ouvrir et se fermer, mais elle n’entendait plus ce qu’elle disait. Il n’y avait qu’une seule certitude dans la confusion de ses sentiments. Quentin. Elle avait eu la force de le reconnaître. Quentin. Il était venu la chercher. Quentin qui l’avait délivrée.
Elle ne le regarda jamais plus avec la même froideur. Elle n’oublia jamais plus son existence. Ni les mots qu’il avait prononcés cette nuit là. « Je t’apprendrai »... Aussi lorsqu’elle réussit à écrire ses premières lignes, ce fut à lui qu’elle alla les montrer. C’est lui qui la conseilla, l’encouragea, la gronda et corrigea. Toujours penché derrière elle, avec le sérieux grave d’un petit professeur, il la reprenait dans ses erreurs, la félicitait de ses efforts. Du moins était-ce ainsi qu’elle le percevait. Jamais elle ne vit que c’était elle plus que ses cahiers qu’il regardait, jamais elle ne sentit la main qu’il posait sur son épaule, jamais elle ne s’émut de son souffle que volontairement il laissait glisser sur sa joue pour en respirer l’odeur. Jamais elle n’entendit ses soupirs lorsqu’elle repartait après avoir étudié, jamais elle ne vit le bonheur briller dans ses yeux lorsqu’il l’attendait et jamais elle ne comprit qu’il espérait chaque jour un baiser.

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Tous les commentaires de l'article:
06

  • strawberryfields lun 02 nov 2009 12:10
    OH merci aneeau-nimes ! Je pense que tu auras la réponse à cette question page 12 !

    PS : je ne suis pas du tout fan de Disney !

  • aneeau-nimes lun 02 nov 2009 12:03
    Trop belle cette image... On ressent super bien la tendresse entre les 2 enfants... Arriver à faire ça avec des sims ...
    C'est moi, ou tu t'inspires un peu de Alice au pays des merveilles ? Les cartes, les tableaux accrochés au mur...
    Reste à savoir si c'est la version Disney ou Carroll

  • yumeno mer 23 sep 2009 17:23
    Les gosses sont parfois de vraies "pourritures", et particulièrement dans ton histoire oO Y'a que Quentin qui soit sympa dans le lot ? XD

    En tout cas, l'ambiance glauque et froide des églises a été super bien retranscrite =3 ( quoique parfois, j'aime bien rentrer dedans, rien que pour imaginer, pour certaines, les années passant dans ces lieux, imaginer que des centaines de personnes mortes depuis bien longtemps marchaient là... Enfin, j'aime tout ce qui touche à l'ère médiévale alors bon ^^" ).

    En fait, c'est le catholicisme qui est glauque et froid =/ Je n'aime absolument pas ce genre de dictature spirituelle, quelle qu'elle soit...

    Brefouille, j'aime beaucoup les personnalités des deux petits, ils sont crôôôôô mignons <3

  • johnnyssa

    sam 12 sep 2009 10:31

    je suis définitivement amoureuse de ces deux-là !!

  • akura jeu 10 sep 2009 19:51
    Ahah... l'ambiance étouffante des églises... tu sais vraiment faire passer l'angoisse à travers tes mots!

  • stawbevy jeu 10 sep 2009 18:17
    Ils sont adorables tout les deux <3

    C'est déguelasse, ce qu'ils on fait....

  • zohus

    jeu 10 sep 2009 17:08

    moi j'aime Quentin. Depuis le début (avant le début en fait, depuis que tu nous a présenté les personnages)
    Et j'aime tout autant Axelle (ma préférée de toutes tes simsettes), heureusement, sinon je serais jalouse

    Et sinon, comme SheZ, je le sentais bizarre ce passage sur l'Eglise. Mais tout ce qui touche à la religion (catholique en particulier) m'a toujours mise mal à l'aise...

  • Tifet

    jeu 10 sep 2009 16:50

    Ouf !! Il l'a tiré de ce mauvais pas, de cette mauvaise blague...

  • SheZeve

    jeu 10 sep 2009 11:14

    C'est glaaaaaaauque !
    J'aime bien, même si ça m'a fait un drôle d'effet de lire et de visualiser le texte. C'est bon signe, ça veut dire que tu as réussi à me faire passer une émotion particulière. J'avais un peu peur quand j'étais au passage de l'église (quand Axelle attend le père), comme une gamine, comme Axelle =)
    En tout cas, Quentin est touchant, j'aime bien son perso finalement. Il ne m'inspirait pas confiance au début, hein, lol.
    A mon avis c'est le début d'un grand coup de coeur entre eux, un joli coup de coeur enfantin. Sauf que, vu comme Quentin est mature, sûrement va-t-il jamais l'oublier...

    Bref, j'continue ma lecture au lieu de prolonger ce pavé lol

  • Koelia

    jeu 10 sep 2009 06:50

    Que les enfants sont cruels entre eux... heureusement u'il y a Quentin!!





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