Accueil Date de création : 07/06/09 Dernière mise à jour : 14/02/10 10:32 / 63 articles publiés
 

15  (Première époque) posté le mercredi 28 octobre 2009 17:29

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16  (Première époque) posté le mercredi 28 octobre 2009 17:29

Quentin s’arrêta ce matin là sous un arbre. Sur le sentier qui les ramenaient tous deux vers Saint Matthieu. De la butte, ils voyaient au loin la façade pâle du foyer, qui semblait presque plus malade encore sous les derniers rayons de l’été.
Axelle hésita un instant. Le rejoindre ? Avancer ? Il n’allait pas lui dire qu’il allait se perdre désormais ? Elle soupira et vint s’asseoir simplement à ses côtés.
Sans un mot.
- Je ne sais pas si mon père aimait ma mère, commença Quentin, ou s’il l’aimait, il avait une étrange façon de le lui montrer.
Ni l’un ni l’autre ne se regardait.
- Il buvait. Il ne travaillait pas. Il buvait. C’était ma mère qui tressait des paniers à s’en crever les mains pour aller les vendre sur le marché, tous les matins. Mais comme elle ne ramenait jamais assez d’argent à son goût... Comme l’absinthe lui avait embrumé l’esprit... Il la battait. J’essayais de rester caché. J’essayais de ne pas entendre. Mais tous les jours je l’entendais hurler. Alors j’ai commencé à laisser sortir mon âme de cette maison souillée. Je suis parti par la fenêtre. J’ai regardé d’autres mondes... D’autres horizons... Des endroits où les cris de douleur de ma mère devenaient des chants d’oiseaux... Où les bruits du bâton étaient ceux de machines fantastiques qui vibraient dans les airs…
Un lundi, les cris se sont brusquement tus. Quand je suis allé voir, il y avait mon père. Il frappait. Son bâton heurtait une masse inerte étendue sur le sol. Avec un bruit sourd de chair qui absorbe les coups sans trembler. Je ne voyais qu’un flot de chiffons. Les jupes en désordre de ma mère  s’étaient emmêlés lorsqu’elle était tombée. Je ne voyais pas son visage. Je n’ai plus jamais vu son visage à partir de ce instant là.
Je suis sorti prévenir Monsieur Tourette, notre voisin. Nous avons enterré ma mère deux jours plus tard, et la semaine suivante, mon père est venu me trouver. Il m’a dit que c’était à moi d’aller vendre les paniers au marché. Il me forçait tous les matins à me lever. Il était déjà ivre. Il était brusque. Et lorsque je revenais, il me frappait. Il n’avait plus ma mère, alors c’était moi qu’il frappait. Avec ce bâton qu’il maniait comme un fouet. Ca a duré deux ans. Deux ans pendant lesquels j’ai retenu mes cris, parce que je ne voulais pas être comme ma mère. Je ne voulais pas mourir comme ma mère. Crier c'était mourir dans mon esprit. Alors je me mordais les lèvres, et j’encaissais. Sans ciller. Jusqu’au sang.
Le jour de mes sept ans, Monsieur Tourette est venu me trouver sur mon étalage, au milieu de mes paniers troués. Il m’a dit que je n’aurais plus à rentrer chez moi. Que plus jamais on ne lèverait la main sur moi. Il m’a accompagné à Saint-Matthieu, en me promettant de payer les deux cents francs de ma pension chaque année. Qu’il ne pouvait hélas pas faire plus pour m’aider, car il était vieux et malade et qu’il ne pourrait s’occuper convenablement d’un enfant aussi jeune que moi. C’est lui qui m’a sauvé. J’aurais surement subi le même sort que ma mère s’il n’avait rien fait.
Axelle le laissa se plonger dans le silence froid de ses souvenirs. Immobiles, ils regardaient le toit maladif d’ardoises qui coiffait le foyer. En contrebas.
Lorsqu’il répéta « c’est lui qui m’a sauvé », avec un sanglot qu’il cherchait tant bien que mal à étouffer, elle déposa vivement un baiser sur la joue du petit garçon. Pour tarir les larmes avant qu’elles ne se mettent à couler.
Il en fut si interdit qu’il osa à peine respirer.
Elle se leva. Toujours sans le regarder.
- Tu veux me donner la main pour rentrer ? sourit-elle, malicieuse.

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Journal de Quentin Lexan, 12 septembre 18***  (Première époque) posté le mercredi 28 octobre 2009 17:33

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17  (Première époque) posté le mercredi 28 octobre 2009 17:34

« La Dame Blanche » rendait des visites de plus en plus régulières au foyer. Elle était tout d’abord venue une première fois, mais les enfants ne l’avaient aperçue que de derrière la grille. Elle était restée à les observer quelques instants, et elle était repartie. Sans avoir osé ou voulu entrer.

Puis elle était revenue, quelques mois après, cette fois ci accueillie par les religieuses de Saint-Matthieu. C’est parce qu’elle avait porté, surement sans le savoir, cette même robe blanche que lors de sa première apparition, que les enfants, à défaut de savoir son nom, lui avaient déniché ce quolibet.

Alors la marche de ses visites prit un tour plus rythmé. Elle commença même à parler aux enfants. D’abord au groupe entier, puis à chacun en particulier. Sophie avait raconté combien elles avaient ri toutes les deux. Kimberly avait avoué qu’elle était restée très impressionnée face à la noblesse de cette femme, et qu’elle avait dissimulé son visage toute l’après midi dans la robe d’Ophélie. Lucas et Cédric se vantaient sans arrêt de la journée qu’ils avaient passé à la foire et Thierry était tout fier d’annoncer comment il lui avait appris à pêcher dans l’étang. Si Quentin ne dit rien, ce fut la Dame Blanche qui fut ravie de confier combien elle avait apprécié la maturité du petit garçon et ce don merveilleux qu’il avait pour décrire les choses qu’il voyait. Juliette affichait joyeusement les deux rubans de satin qu’elle lui avait acheté, Maud répétait partout qu’en échange d’un bouquet de pâquerettes elle avait reçu un baiser, Muriel pleurait de ne pas avoir encore été invitée et Romain cassait les pieds de tout le monde avec les biscuits au beurre qu’il avait mangé.
Mais de tous les enfants, c’était Axelle qui l’avait fascinée.
Tout d’abord par la beauté sauvage de ses yeux de chat, mais également par ce caractère qu’elle avait ressenti si enflammé.
La petite fille ne lui avait pas décroché un mot de toute la journée. Et lorsque la Dame Blanche tentait de discuter, elle ne recevait pour toute réponse que l’expression pincée d’un petit visage au regard qui fulminait. Elle lui offrit une glace, des bonbons, un nouveau béret, mais jamais, jamais elle n’entendit le son de sa voix. Elle la surprit même, au moment de quitter le foyer, en train de redistribuer à ses camarades tous ses cadeaux de la journée.
En remontant dans la voiture, la Dame Blanche comprit que c’était elle qu’elle voulait.

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Cahier de catéchisme d'Axel(le) Cantini, 15 septembre 18***  (Première époque) posté le mercredi 28 octobre 2009 17:37

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